Junior JOSEPH PETIT-DÉ est un ingénieur agronome engagé dans l’amélioration de la qualité des productions agricoles et la sécurité alimentaire, avec un intérêt particulier pour la filière des fruits et légumes.
Aujourd’hui, il répond aux questions de Doctinova sur les impacts de l’insalubrité sur la qualité des fruits et légumes, un enjeu majeur à la fois pour la santé des consommateurs, la prévention des maladies et la valorisation des produits agricoles locaux.
1.Quels sont les principaux facteurs d’insalubrité qui affectent
la qualité des fruits et légumes ?
La consommation de produits d’origine végétale est de plus en plus conseillée. Pour maintenir
une santé stable, on recommande de consommer un ratio de cinq (5) portions de fruits et
légumes quotidiennement. D’où la nécessité de garantir l’accès à des aliments sains et nutritifs
en quantité suffisante.
L'insalubrité dans le cas des fruits et légumes est la détérioration de leur qualité due à des
agents contaminants qui les rendent impropres à la consommation, ou présentant des risques pour
la santé des consommateurs.
Pour les produits alimentaires de manière globale (y compris les fruits et légumes), dans
une étude menée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) datant de 2015 citée par
l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), on a estimé à
600 millions le nombre de personnes qui tombent malades chaque année après avoir
consommé des aliments contaminés.
Parlant de facteurs d'insalubrité pouvant altérer la qualité de nos fruits et légumes, on
peut citer :
-
Les contaminations par des métaux lourds provenant des eaux d’irrigation de
mauvaise qualité
-
Les résidus de pesticides chimiques dus à des usages excessifs ou résultant du non-respect
du délai de rémanence du pesticide
-
Le contact des produits récoltés avec le sol ou des déjections animales
Ces contaminations interviennent principalement en amont de la filière fruits et légumes,
c'est-à-dire au niveau de la ferme.
D’autres facteurs de contamination surviennent lors des manipulations post-récolte
jusqu’à l’étalage des produits au marché :
-
Mauvaises conditions de transport et de stockage, notamment l’utilisation de sacs
non adaptés
Après la récolte à la ferme, ces produits sont transportés dans des sacs ou en vrac, ce qui les
expose à la poussière et aux chocs qui les abîment en favorisant l’entrée des bactéries et des
champignons.
-
L’étalage des fruits et légumes au marché à côté des ordures et des immondices
Certains vendeurs exposent les produits près des déchets des rues ou des marchés où il y a un
risque accru de développement de bactéries comme Escherichia coli ainsi que de champignons
pathogènes.
2. Quels types de contaminations sont les plus fréquentes : bactéries,
parasites, pesticides, métaux lourds ?
Les agents de contaminations les plus fréquents sont d’abord les champignons
(moisissures) comme Aspergillus et Penicillium. Viennent ensuite les contaminations
bactériennes, le plus souvent, Salmonella sp, Escherichia coli, Vibrio cholerae. Et en dernier
lieux, les résidus de pesticides et les métaux lourds.
3. En quoi l’utilisation d’eaux usées ou polluées dans l’irrigation peut-elle
nuire à la sécurité des produits agricoles ?
En agriculture, l'utilisation des eaux usées n'est pas recommandée, cependant, dans
certaines régions aux ressources en eaux limitées, certains agriculteurs en font l’usage. Les eaux
usées sont réputées pour avoir de grandes quantités de métaux lourds que la plante absorbe et qui
sont restées dans les tissus des fruits et des légumes récoltés, ce qui représente un risque accru
pour la santé des consommateurs.
4. Quelles sont les maladies ou infections humaines les plus
courantes liées à la consommation de produits mal cultivés ou
contaminés ?
L'intoxication due à ces agents pathogènes (champignons et bactéries) peut provoquer de
l’aflatoxicose, pénicilliose, le choléra. Les symptômes peuvent variés d’une simple fièvre à des
formes plus graves comme nausées, de la diarrhée et des essoufflements.
L'exposition à long
terme aux métaux lourds (cadmium, mercure, plomb) provoque des lésions neurologiques et
rénales, selon FAO (2024). Par ailleurs, selon une étude menée par l’Agence Nationale de la
Sécurité Alimentaire, de l’Environnement et du Travail (ANSES) en juin 2024, les résidus de
pesticides sont souvent classés comme des perturbateurs endocriniens et sont pour la plupart
cancérogènes.
5. Comment l’environnement urbain insalubre (marchés, rues,
transports) aggrave-t-il le problème ?
L’insalubrité dans les zones urbaines constitue un véritable problème pour la sécurité alimentaire. Les accumulations de déchets dans les rues, souvent à proximité des lieux de vente, ont un impact direct sur la qualité des aliments, en particulier sur les fruits et légumes.
Le caractère périssable des produits végétaux, dû à leur forte teneur en eau, favorise leur détérioration, et un environnement mal entretenu, que ce soit sur les marchés ou dans les zones de transport, facilite la prolifération des agents pathogènes.
De plus, le transport et le stockage des produits affectent indirectement leur qualité organoleptique. L’exposition à des températures élevées et à des gaz émis lors du transport peut altérer leur texture, leur goût et leur valeur nutritionnelle, rendant la consommation moins sûre et moins agréable.
6. Quels signes peuvent alerter un consommateur qu’un fruit ou légume est
potentiellement dangereux ?
De nos jours, la majorité des fruits et légumes sont produits dans le cadre d’une agriculture intensive, ce qui entraîne un usage important de pesticides chimiques. Avec l’augmentation constante de la population mondiale, leur utilisation devient presque inévitable.
Des observations sur différents marchés montrent que certaines tomates sont parfois recouvertes d’une fine poudre jaunâtre. Il s’agit généralement d’un fongicide, une substance chimique utilisée pour empêcher le développement des champignons et prolonger la durée de conservation. Cependant, lorsque ces produits sont traités à des stades inappropriés, ils deviennent impropres à la consommation. Il est donc recommandé aux consommateurs de rester vigilants et de ne pas acheter de produits présentant de telles traces chimiques.
De plus, les fruits et légumes exposés à proximité de déchets ou d’ordures, que ce soit sur les étals ou dans les zones de stockage, présentent un risque accru de contamination. Il est essentiel de privilégier des produits manipulés et conservés dans des conditions d’hygiène appropriées afin de garantir la sécurité alimentaire.
7. Quelles bonnes pratiques agricoles permettent de produire des aliments
plus sûrs dans un environnement à risque ?
En ce qui a trait à la production agricole, on parle souvent de Bonnes Pratiques
Phytosanitaires (BPP) ou encore Bonnes Pratiques Agricoles (BPA). Les organismes
internationaux comme la FAO et l’OMS en 2003 ont élaboré un document titré Codex
alimentarus qui préconise les pratiques à adopter tout au long de la filière fruits et légumes. Du
côté des agriculteurs, ces pratiques suggèrent le respect des délais de rémanence et une utilisation
raisonnée des pesticides, la protection de l'environnement et le respect des normes du marché
afin de garantir la qualité du produit par les agriculteurs.
8. Quelle est la responsabilité des agriculteurs, des commerçants et de l’État
dans la chaîne de prévention ?
Les agriculteurs ont la responsabilité d'assurer la sécurité et la traçabilité du produit, la de
la ferme à l'assiette. Cela passe nécessairement par les BPA dans le choix de variétés résistantes
ou tolérantes pour éviter l'utilisation à outrance des pesticides. Récolter au bon moment et
respecter les délais de rémanence des produits chimiques utilisés.
Les commerçants, quant à eux, doivent veiller à une manipulation post-récolte adéquate
incluant un transport et stockage qui répondent mieux aux normes techniques et sanitaires de la
filière fruits et légumes. Les commerçants devraient non seulement procéder à l’élimination des
fruits ou légumes abîmés, mais aussi, éviter toute exposition de ces produits à côté des ordures et
déchets des marchés.
Les autorités locales de l’état comme les mairies doivent s’assurer la
bonne gestion des déchets afin de garantir un environnement sains. Mettre en place des marchés
modernes de fruits et légumes qui respectent les normes sanitaires et de la sécurité des aliments.
9. Quel rôle peut jouer l’éducation du public pour réduire les risques liés à
la consommation de produits contaminés ?
La salubrité et la sécurité des aliments révèlent de la santé publique et des autres
instances publiques. L'éducation et la sensibilisation des différents acteurs impliqués dans la
filière fruits et légumes sont essentielles afin de garantir des aliments sains qui n’altèrent pas la
santé des consommateurs.
10. Un dernier mot pour nos lecteurs : que faire, au quotidien, pour se
protéger tout en soutenant les producteurs locaux ?
En tant que lecteur, votre intérêt pour ce sujet reflète votre souci de mieux comprendre les enjeux liés à l’alimentation saine. En tant que consommateur responsable, il est essentiel de choisir des aliments de qualité et de privilégier les fruits et légumes exposés dans des conditions hygiéniques.
Encouragez les pratiques agricoles et commerciales durables en offrant un prix équitable aux producteurs et vendeurs. Participez également à la diffusion et à la sensibilisation autour des bonnes pratiques de consommation afin d’informer et de protéger un plus large public. Votre santé dépend en partie des choix alimentaires que vous faites.
🛑 Message de l'ingenieur agronome Junior JOSEPH PETIT-DÉ
« L’insalubrité des fruits et légumes n’est pas une fatalité. Aujourd’hui, grâce à l’information, à l’éducation des producteurs, à l’amélioration des pratiques agricoles et au respect des normes d’hygiène tout au long de la filière, nous avons de véritables leviers pour agir. J’encourage les agriculteurs, les commerçants et les consommateurs à adopter des pratiques responsables, à veiller à la qualité de l’eau, des intrants et des conditions de manipulation des produits. Produire et consommer sainement, ce n’est pas seulement une question d’agriculture, c’est un enjeu majeur de santé publique. Ensemble — professionnels du secteur agricole, autorités, médias comme Doctinova et citoyens — nous pouvons améliorer la qualité de nos fruits et légumes, protéger la santé des populations et bâtir un système alimentaire plus sûr et durable. »
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